Des hommes et des forges

Des hommes et des forges
L’histoire des Forges de Castets
En 1808, François Dubourg, jeune Maître des Forges d’Uza passant à Castets, pour vendre des fers à Dax, y découvre un site bien propice à l’installation d’un haut-fourneau et des forges.

Associé à Louis-Mathieu Turpin, Maire de Lit, et Dupuy, Maire de St Julien, il dépose auprès du Préfet Duplantier, en 1809, une demande d’autorisation de construire ces bâtiments. Mais, Mme de Lur Saluces, propriétaire d’Uza, s’oppose vigoureusement à ce projet. Elle invoque une concurrence déloyale, les difficultés de se procurer du minerai – la garluche -, du charbon et les attelages nécessaires. Elle souligne aussi la mévente des fers à Dax. Napoléon 1er, 16 jours avant sa destitution par le Sénat, signe le 19 mars 1814 l’autorisation de construire forges et haut-fourneau à Castets. Mais, à cause de l’opposition farouche des Lur Saluces, François Dubourg devra attendre encore cinq ans. Grâce au soutien du Baron d’Haussez et de l’Ingénieur des Mines d’Aubuisson, le Conseil d’Etat décidera le 17 juin 1819 la pleine application du décret impérial du 19 mars 1814.

 

François Dubourg emploie plus de 100 personnes pour construire au plus vite un haut-fourneau de 11 mètres avec air comprimé par pistons et des forges attenantes. Dès 1820, il vend des fers dont la qualité est reconnue. Il obtient une importante commande de l’Armée qui se prépare à la prestigieuse expédition d’Espagne dont l’objectif est le soutien au roi absolutiste Ferdinand VIII alors en difficulté face aux révisionnistes. François Dubourg demande en 1822 une extension de ses forges. Mais les Lur Saluces s’y opposent. Il faudra attendre le renversement de Charles X pour que cette demande soit examinée.

En 1824, François Dubourg, soucieux d’améliorer encore la qualité des fers, décide de faire venir du minerait de Bilbao pour complémenter la garluche de St Paul les Dax et Ardy.

En 1826, il marie sa fille unique Elisa avec un riche propriétaire de Linxe, Emile Boulart. Mais, celui-ci ne souhaitant pas s’occuper des forges, François Dubourg engage auprès de lui un neveu, nommé également François Dubourg, qui signera tous les documents François Dubourg neveu.

En 1828, François Dubourg dépose une autre demande de construction, mais à Ardy, d’un haut-fourneau avec des forges et une fenderie. En 1831, Charles X étant destitué, Louis Philippe va en quelques mois signer les autorisations d’extension des forges de Castets et de constructions d’Ardy. Le haut-fourneau d’Ardy est construit le premier. François Dubourg demande que les autres parties de forges d’Ardy soient construites à Castets,  dans le domaine de la Palue ,  à près de 2 km en aval des forges du bourg. Cette même année 1831, François Dubourg devient Maire de Castets et son neveu  conseiller municipal.

Les deux décennies qui suivent voient un développement important des forges du bourg et de la Palue. Pour celles-ci , c’est François Dubourg neveu qui en a la responsabilité. En une année,  sur 1835 et 1836 ,  il construit ce qui sera désigné sous le nom de laminoir et dans les années 1840 l’ensemble des maisons de maître et d’ouvriers de la Palue.

Les forges de Castets dans leur ensemble ont une belle réputation. Les statistiques de 1851 montrent que plus de 500 personnes y sont employées. François Dubourg est l’industriel landais imposé au cens le plus élevé dans le département. Des dizaines de maisons d’employés sont construites.

François Dubourg meurt en 1853, son neveu lui succède à la Mairie de Castets et à la tête des forges.

En 1862, Charles Boulart, jeune et brillant avocat, petit-fils de François Dubourg, s’associe à François Dubourg neveu pour acheter les forges d’Abesse 385 000 F. L’ensemble des 4 établissements industriels au bourg de Castets, à la Palue, à Ardy et à Abesse emploie alors près de 1 000 personnes. La production est très variée et comprend de la fonte, des fers de tous calibres, des tôles, des pièces moulées pour l’industrie et pour les utilisations domestiques, telles que  jardinage, cuisine, décoration.

En 1867, François Dubourg neveu cède toutes ses parts à Charles Boulart, avant de se retirer et de décéder en 1869 sans héritier. La fin du Second Empire avec l’occupation prussienne des forges du Nord et de l’Est amène à Castets un surcroît d’activité . Mais, en 1882, la Compagnie des Forges et Aciéries du Boucau porte un coup fatal aux forges landaises en construisant de grands hauts-fourneaux fonctionnant au coke, 80 fours à coke, 2 convertisseurs Bessemer et des laminoirs. Charles Boulart, conseiller général et député de 1876 à 1881, décède en 1891. Sa veuve et son fils Daniel lui succèdent. L’activité de fonderie de pièces moulées de qualité subsiste à Castets et Abesse. Mais Ardy avait dû fermer en 1890. Castets bourg fermera le 1er janvier 1905. Abesse et la Palue continueront à fonctionner au ralenti avec une reprise pendant la guerre de 1914-1918. La Palue fermera définitivement en 1920. Les forges d’Abesse seront vendues en 1923 à la Société Anonyme des Travaux Métalliques et fonctionneront jusqu’en 1930.